Georgien 2008

Georgien 2008

Crépuscule de dimanche d'été







Une belle journée, un calme crépuscule 
dans l'odeur des rôtis les promeneurs heureux
rentrent, sans se douter que tout est ridicule,
et fouettent du mouchoir leurs beaux souliers poudreux.
Ah! banale rancœur de notre farce humaine!
Aujourd'hui, jour de fête et gaieté des faubourgs,
demain le dur travail, pour toute la semaine.
Puis fête, puis travail, fête... travail... toujours.
Par l'azur tendre et fin tournoient les hirondelles
dont je traduis pour moi les mille petits cris,
et peu à peu je songe aux choses éternelles,
au-dessus des rumeurs stupides de Paris.
Oh! tout là-bas, là-bas... par la nuit du mystère,
où donc es-tu (depuis tant d'astres!) à présent...
Ô trombe chaotique, ô Nébuleuse-mère,
dont sortit le Soleil, notre père puissant ?
Où sont tous les soleils qui, sur ta longue route
bondirent, radieux, de tes flancs jamais las ?
Ah! ces frères du nôtre, ils sont heureux sans doute!
Et nous ont oubliés! ou ne nous savent pas.
Comme nous sommes seuls, pourtant, sur notre Terre,
avec notre infini, nos misères, nos dieux,
abandonnés de tout, sans amour et sans Père,
seuls dans l'affolement universel des Cieux!







La cigarette

Oui, ce monde est bien plat; quant à l’autre, sornettes.
Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,
et pour tuer le temps, en attendant la mort,
je fume au nez des dieux de fines cigarettes.
Allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes.
Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tord
me plonge en une extase infinie et m’endort
comme aux parfums mourants de mille cassolettes.
Et j’entre au paradis, fleuri de rêves clairs
ou l’on voit se mêler en valses fantastiques
des éléphants en rut à des choeurs de moustiques.
Et puis, quand je m’éveille en songeant à mes vers,
je contemple, le coeur plein d’une douce joie,
mon cher pouce rôti comme une cuisse d’oie.



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