Georgien 2008

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Aquarelle en cinq minutes






Oh ! oh ! le temps se gâte,
L’orage n’est pas loin,
Voilà que l’on se hâte
De rentrer les foins !…

L’abcès perce !
Vl’à l’averse !
O grabuges
Des déluges !….

Oh ! ces ribambelles
D’ombrelles !….
Oh ! cett’ Nature
En déconfiture ! ….

Sur ma fenêtre,
Un fuchsia
A l’air paria
Se sent renaître….




Acquarello schizzato



Oh! Oh! Si guasta il tempo,
È vicino lo scempio,
Si corra come il treno
A ritirare il fieno.


L'ascesso scoppia!
Toh lo scroscio!
O diverbi
Dei diluvi!


Oh! I ruscelli
Di ombrelli!...
Oh! 'sta Natura
Nella rottura!...

E alla finestra
Una fucsia
Dall'aria paria
Si sente desta.



Crépuscule de dimanche d'été







Une belle journée, un calme crépuscule 
dans l'odeur des rôtis les promeneurs heureux
rentrent, sans se douter que tout est ridicule,
et fouettent du mouchoir leurs beaux souliers poudreux.
Ah! banale rancœur de notre farce humaine!
Aujourd'hui, jour de fête et gaieté des faubourgs,
demain le dur travail, pour toute la semaine.
Puis fête, puis travail, fête... travail... toujours.
Par l'azur tendre et fin tournoient les hirondelles
dont je traduis pour moi les mille petits cris,
et peu à peu je songe aux choses éternelles,
au-dessus des rumeurs stupides de Paris.
Oh! tout là-bas, là-bas... par la nuit du mystère,
où donc es-tu (depuis tant d'astres!) à présent...
Ô trombe chaotique, ô Nébuleuse-mère,
dont sortit le Soleil, notre père puissant ?
Où sont tous les soleils qui, sur ta longue route
bondirent, radieux, de tes flancs jamais las ?
Ah! ces frères du nôtre, ils sont heureux sans doute!
Et nous ont oubliés! ou ne nous savent pas.
Comme nous sommes seuls, pourtant, sur notre Terre,
avec notre infini, nos misères, nos dieux,
abandonnés de tout, sans amour et sans Père,
seuls dans l'affolement universel des Cieux!







La cigarette

Oui, ce monde est bien plat; quant à l’autre, sornettes.
Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,
et pour tuer le temps, en attendant la mort,
je fume au nez des dieux de fines cigarettes.
Allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes.
Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tord
me plonge en une extase infinie et m’endort
comme aux parfums mourants de mille cassolettes.
Et j’entre au paradis, fleuri de rêves clairs
ou l’on voit se mêler en valses fantastiques
des éléphants en rut à des choeurs de moustiques.
Et puis, quand je m’éveille en songeant à mes vers,
je contemple, le coeur plein d’une douce joie,
mon cher pouce rôti comme une cuisse d’oie.